Interview Olivier DAMIEN

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  • Vous dites que l’inspiration pour votre roman « J’irais revoir ma Normandie… » vous est venue suite à un reportage, au « 13 heures » de TF1, sur Bernie Jordan. En quoi ce fait divers a fait naître en vous une émotion aussi intense qu’elle vous a permis d’écrire un roman complet sur le sujet ?

 

Il y a des choses qui demeurent inexplicables… et elles le sont d’autant plus, lorsqu’il s’agit d’émotions. Cette évocation m’a simplement fait monter les larmes aux yeux. Mon côté fleur bleue sans doute ! En une fraction de seconde, j’ai pensé à ces gens, jeunes adultes, qui avaient donné sans réfléchir leur vie pour que d’autres puissent vivre libres. En se jetant corps et âme dans la bataille, mais surtout dans l’inconnu. Et puis, l’âge canonique de ce vétéran m’offrait un parfait écrin, en ajoutant davantage à cette émotion. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour nos anciens. Celui-ci avait tout pour me plaire en quelques traits, renforcés par l’espièglerie dont il avait sûrement fait preuve en s’enfuyant de sa maison de retraite. Son côté aventurier demeurait ainsi après toutes ces années écoulées depuis la Libération. Il ne m’en fallut pas plus pour lui donner mentalement une apparence et aussitôt les images se sont mises à affluer. Ma compagne en est témoin : elle m’a vu m’enflammer en un instant pour cette histoire. Et j’ai ressenti alors l’urgence de mener à son terme cette fiction inspirée d’un fait réel, pour rester au plus proche de l’actualité de cet événement. Les mots se sont bousculés dans ma tête, les anecdotes aussi. Ainsi que tout ce que je souhaitais exploiter dans ce récit, comme belles histoires et scènes amusantes ou touchantes. Le 20 décembre, mon histoire était terminée. Et j’avais pris un plaisir incroyable à vivre pendant six mois aux côtés de mon héros, partageant avec lui jour après jour cette grande aventure que je lui avais concoctée.

 

  • « Tous les faits racontés ici sont totalement réels, à l’exception de tout ce qui a été inventé ». Devons-nous en déduire que votre roman n’a pour unique réalité que la fugue de ce vétéran ? Ou certains traits de caractère du personnage principal vous ont-ils étaient relatés par des connaissances, voire même des membres de la famille de Bernie Jordan ?

 

Je me trompe ou ce sont des questions-gigognes ?Alors dans l’ordre :

* en fait, il s’agit juste d’un de mes traits d’humour « subtils » : ce qui n’est pas réel est forcément inventé. Mais chut ! C’est un secret de fabrication.

* Alors oui, vous avez raison. Les seuls éléments véridiques sont le vétéran et sa fugue. Je n’ai pas vraiment cherché à coller à son histoire, plutôt à l’utiliser comme prétexte afin de défendre mes points de vue. Ceux sur la famille, le temps qui passe, le destin ou encore les apparences trompeuses. J’en passe et des meilleurs… ou des pires. Il faut bien qu’un écrivain s’exprime aussi ! Je suis davantage un inventeur, qu’un biographe. Et pour la petite histoire dans la grande Histoire, j’ai choisi de ne pas me renseigner sur la vie réelle de Bernie Jordan. Car à travers lui, c’était à tous les autres que j’adressais mon hommage. Quelle ne fut pas ma surprise, quand j’ai lu par la suite la narration de ses exploits dans la presse (articles joints dans l’annexe du roman), de constater que j’étais parvenu à raconter des moments que Bernard Jordan avait réellement vécus durant son escapade, sans en avoir eu connaissance. J’aime à penser qu’en m’imaginant dans ses bottes, j’avais fini par retomber dans ses traces.

* Enfin, malheureusement non. Comme je l’ai expliqué dans le roman, je n’ai pas eu le temps de rencontrer l’homme qui avait inspiré mon personnage. Le vrai héros est décédé le 6 janvier qui a suivi la pose du point final. Et après recherches, il ne laissait pas de famille connue et par conséquent joignable. Donc, je n’ai pas pu le rencontrer, lui remettre mon roman inspiré par lui, ou simplement lui dire mon admiration pour son geste. C’est ainsi.

 

  • Que représente l’écriture pour vous ?

 

L’écriture est tout pour moi. C’est beau non ? Bon, je veux juste dire ainsi que c’est avant tout une passion, qui peut tour à tour devenir un exutoire, un simple réel plaisir créatif et artistique… et même un traitement contre la schizophrénie. Oui, je suis, comme beaucoup d’écrivains, persuadé que l’écriture possède de réelles vertus thérapeutiques. Comme celle de canaliser une imagination débordante. Ou de faire taire des voix dans sa tête… je plaisante. Outre le fait que l’écriture permet de canaliser l’imagination débordante d’un auteur, c’est bien moins fou qu’il n’y paraît : un écrivain passe bien souvent à l’acte dans ses romans et vit l’aventure de ses héros, par écran interposé. Attention, je n’ai pas dit qu’en décrivant des crimes crapuleux, on rêvait de les commettre soi-même dans la réalité. Pourtant, Maxime Chattam serait peut-être un tueur en série, s’il ne posait pas toute la noirceur de ses criminels sur le papier, emprisonnée entre les pages de ses thrillers. Le goût de l’aventure comblé en partie par la lecture, l’est sans aucun doute davantage par le biais de l’écriture.

 

  • Comment vous est venue l’idée et l’envie d’écrire votre premier roman « Du sang dans la magnésie » (roman qui va bientôt rejoindre ma bibliothèque) ?

 

Ouh la la ! C’est une longue histoire. Mais vous avez raison : il faut comprendre la genèse pour percer le mystère de « l’écrivain ». Z’allez pas être déçue ! J’étais dirigeant d’un club de gymnastique artistique et j’ai repris le journal du club, tombé en désuétude. Je me suis attelé à la rédaction de celui-ci et cherchant une originalité propre à y apporter, j’ai inventé une enquête qui se déroulait dans le milieu gymnique et se poursuivait de mois en mois, tout en ménageant le suspense. Le ton était donné. Mes lecteurs semblaient raffoler de cette histoire et le journal était relancé. Tout le monde voulait connaître la suite et savoir comment Émile Diamen, mon héros, allait s’en sortir. Mystère !

Par la suite, j’ai regroupé l’ensemble des chapitres et l’ai fait lire à quelques amis pour les divertir un peu à l’occasion. Leurs réactions furent unanimes. À ma plus grande surprise. Tous m’ont poussé à publier cette nouvelle.

J’étais à l’aube de mes 40 ans, et le milieu de ma vie m’a semblé être le bon moment pour me lancer dans de nouveaux projets. Alors pourquoi pas un retour à l’écriture, un rêve de jeunesse au goût d’inachevé…

« Du sang dans la magnésie » m’a au moins permis de mettre le pied à l’étrier. Il suffit parfois de faire le premier pas pour ouvrir le champ des possibles.

 

  • Quand écrivez-vous ? Avez-vous des habitudes, un rituel ?

 

C’est malheureux à dire, mais je n’ai que très peu de temps pour l’écriture et à mon grand désespoir, je ne parviens pas à m’astreindre à une discipline quotidienne. Pourtant probablement nécessaire. Alors, j’essaye de jongler entre mes multiples activités, mon travail (pas le choix!) et la vie familiale qui a également tendance à phagocyter les quelques heures libres restantes. Mon rêve absolu serait de pouvoir me consacrer à l’écriture, pouvoir travailler chaque jour à cette passion, néanmoins dévorante. Je ne connais pas la phobie de la page blanche et regorge d’imagination et d’inspirations. D’ailleurs, je possède de pleins recueils de sujets de roman. Je foisonne d’histoires à raconter, de projets littéraires en tout genre : j’ai à ce jour environ six romans entamés, qui n’attendent qu’un peu d’attention pour se développer et s’écrire. Et un peu plus de temps aussi, donc…

En dehors de ce manque de temps, le rituel est assez simple : dans n’importe quelles conditions, de jour comme de nuit, dans le bruit ou le calme. Peu importe. Dès que j’arrive à me poser, j’écris comme je respire. C’est une chance j’en suis conscient.

 

  • Que ressentez-vous avant la sortie d’un roman ? Et après, une fois que votre travail d’écriture est terminé et qu’il se retrouve dans toutes les librairies.

 

La première pensée, c’est le sentiment du devoir accompli. Mettre un point final est un moment jouissif. Mais, c’est aussi très éphémère. Un bonheur de courte durée en somme. Aussitôt après commence le long travail de correction, parfois de réécriture. Des semaines de dur labeur. Et puis, c’est désormais une routine pour la plupart des écrivains : l’envoi du tapuscrit, dans la meilleure forme qui soit, à toutes les maisons dont la ligne éditoriale peut correspondre au roman. L’attente. Le doute encore et toujours. Est-ce le bon sujet ? L’ai-je bien traité ? Mes lecteurs vont-ils l’apprécier ? Sera-ce suffisamment original pour retenir l’attention des éditeurs ? Certes, c’est un peu comme une naissance, on porte son roman avec son cœur, son amour, un côté paternel exacerbé. À la seule différence que votre enfant est toujours le plus beau et le plus intelligent du monde. Alors qu’un romancier (ou peut-être suis-je le seul?) recherche toujours la reconnaissance de son public et est sans arrêt en proie aux doutes. Même quand le livre apparaît dans les rayonnages, cela reste comme une illusion d’optique : on se dit que c’est génial, que c’est un rêve, et puis on guette le moment où le réveil va sonner… et c’est un nouveau travail qui commence. La défense de son roman bec et ongles. Je précise que c’est bien plus long que la phase de création. Mais le meilleur moment reste la rencontre et les échanges avec les lecteurs. J’adooooore !

 

  • Depuis votre premier roman, sentez-vous une évolution ? Votre façon d’écrire a-t-elle changé ?

 

Oui, indéniablement. Mais ce n’est que tout-à-fait normal au fond. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. C’est donc en écrivant qu’on devient écrivain. Et plus on écrit, plus le style devient fluide, la lecture rendue facile. Le reste, ce sont des habitudes de travail qui s’installent, se modifient, s’améliorent. Avec l’expérience et les kilomètres de lignes noircies, le style s’étoffe et se personnalise. Toutefois, j’apporterais un petit bémol : si l’écriture change, la patte reste. Mes lecteurs reconnaissent mon empreinte, quel que soit le type de roman ou d’écrit, polar ou roman d’aventure, récit historique. Et j’en apporte la preuve : j’oublie vite ce que j’ai écrit, je passe à autre chose. Néanmoins, je me suis surpris à relire un ancien chapitre et à voir affluer des idées… que finalement je découvrais dans les lignes qui suivaient. Conclusion : à deux époques différentes, j’écrirais la même chose et sensiblement de la même façon. En mieux, je l’espère. Parce qu’il faut bien évoluer. Ceux qui ne sont pas capables d’évoluer, finissent par disparaître.

 

  • Quel est, s’il y en a un, votre auteur préféré ?

 

Comme en musique, me demander de choisir, c’est m’imposer un choix cornélien. J’ai plein d’auteurs que j’aime et sans doute pour beaucoup de raisons différentes. Cela dépend du moment, d’un coup de cœur en particulier sur un roman, de circonstances plus favorables que d’autres. Ceci pour les raisons subjectives. Se référant aux raisons objectives cette fois, j’évoquerais deux écrivains qui m’ont particulièrement plu dernièrement : Sophie Hénaff (Poulets grillés) pour ses deux romans policiers à l’humour décapant, dont j’apprécie énormément le rythme et la fluidité ; et Franck Thilliez, qui me captive un peu plus à chaque nouveau roman. J’aime sa maîtrise du polar, son respect des codes, mais surtout sa capacité à apporter sans cesse au roman policier un certain renouveau, une évolution moderne et qui colle toujours à l’époque de sa création.

 

  • Pour finir, vous dites : « J’écris par passion, mais également et avant tout, pour transmettre des émotions et partager ce goût de la lecture qui s’est emparé de moi depuis bien longtemps ». A quel âge vous est venue cette passion pour la lecture ? Vous a-t-elle était transmise par un proche ou est-ce arrivé naturellement avec la lecture d’un roman en particulier ?

 

J’ai du mal à donner un âge approximatif pour le début de cette passion. Je me souviens simplement qu’une grande différence d’âge avec mes frères et sœur avait fait que j’étais assez souvent solitaire dans mes loisirs. Et le goût pour la lecture s’est très vite installé. Sans origine ni raison particulière. On ne peut pas dire que je suis issu d’une famille de grands lecteurs. Pourtant, j’avais accès à des dizaines de livres de collection qui regroupaient de nombreux ouvrages classiques et plus contemporains. Je crois avoir presque tout lu. Puis, au fil du temps, j’ai choisi mes propres lectures selon mes goûts ou mes envies, après avoir écumé tous les romans que j’avais pu trouver dans la maison familiale. Et l’envie d’écrire a fini par s’imposer à moi comme une évidence, pour procurer aux autres ce que les livres m’avaient offert : un goût profond pour l’évasion par les histoires, une transmission des émotions au travers des lignes. J’avais pris conscience de l’importance des mots et de l’importance de la stimulation de l’imagination. La cicatrice de Bruce Lowery est un de mes meilleurs souvenirs de lecture d’enfance. Je l’ai toujours à mes côtés, sur mon bureau. Je ne peux pas vraiment l’expliquer.

 

Ci-dessous ma critique de « j’irais revoir ma Normandie… »

Un vétéran de 94 ans qui veut participer à la commémoration du 70éme anniversaire du débarquement, une maison de retraire pleine de petits vieux, un flic complètement barré et un voyage vers nos belles côtes Normandes, le tout sur fond de retrouvailles, tendresse et humour.

Malgré quelques longueurs sur le début (il me tardait de voir notre cher M. ALLGOOD quitter les murs de sa dernière demeure), j’ai passé un moment sympathique entourée de tous ces personnages.

Nous allons suivre Martin prêt à tout pour retrouver ses frères d’armes, alors que la maison de retraite dans laquelle il demeure lui refuse l’autorisation de partir. Son chemin semé de chance et de souvenir nous fera passer par des moments de rire, de tristesse et d’émotion.

Je me suis vite attachée à ce personnage pourtant pas forcément sympathique au départ. Il va lui-même découvrir au fil de son aventure a quelle point sa vie n’a finalement pas été ce qu’il aurait voulu qu’elle soit et tous les regrets qui vont avec.

L’auteur, dans certains passages, nous montre l’horreur vécue par ces jeunes soldats lors du D-Day. Même si nous connaissons tous l’histoire ces moments sont toujours aussi prenants.

J’ai aimé aussi, les chapitres décrivant la journée de commémoration : vous comprendrez pourquoi quand vous les lirez.

L’idée de ce roman est née à la suite d’un fait divers : la fugue d’un vétéran britannique, Bernard Jordan, désireux de quitter sa maison de retraite pour se rendre en Normandie. Mais comme le précise l’auteur « Tous les faits racontés ici sont totalement réels, à l’exception de tout ce qui a été inventé. » Déduisez-en ce que vous voulez !

En bref une jolie ode à la vie écrite en hommage à cet homme, qui, comme tant d’autres, a risqué sa vie pour notre pays. Lui a eu la chance de survire d’autres rôdent encore sur nos jolies plages Normandes.

Vous ne devriez pas être déçus.

Merci encore à Olivier DAMIEN, pour sa jolie dédicace. J’aimerais beaucoup qu’il accepte de répondre à quelques questions sous forme d’interview pour nous en dire un peu plus… Cela pourrait faire l’objet d’un autre billet.

Bonne lecture

Delphine

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