« L’anneau de Moebius » de Franck Thilliez

 

9782266205047

Excellent ! Une nouvelle fois emballée par Franck Thiliez. Mais où va-t-il chercher tout ça ?

Stéphane Kismet créateur de monstres pour le cinéma est sujet aux visions et rêves prémonitoires depuis des années, mais celles-ci se renforcent et deviennent de plus en plus perturbantes. Pourquoi se voit-il en pleine fuite dans cette voiture avec un mouchoir ensanglanté et en fond sonore la radio qui parle du meurtre d’une petite fille qu’il ne connait pas ? Pourquoi se voit-il en pleine course, les mains en sang dans sa propre maison ? D’où viennent tous ces mots écrits sur les murs le prévenant de ne pas chercher à comprendre ? Tout le monde le croit fou même sa propre femme. Des meurtres horribles, des disparitions, et le voilà parti pour mener sa propre enquête.

Du grande Thilliez encore une fois. On part à la découverte des rêves prémonitoires et des dimensions temporelles.

Un sujet bien difficile  à traiter si l’on ne veut pas perdre le lecteur dans les méandres de l’histoire. Mais l’auteur manie à la perfection cet infini dimensionnel et temporel. Il nous plonge dans cette enquête sans nous perdre un seul instant. Il ne manque pas, comme à son habitude de nous fournir toutes les informations et références nécessaires à la compréhension du thème choisi pour l’histoire.

Un rythme effréné, des questions plein la tête, des envies de réponses pressantes font que vous passerez, avec ce roman, un excellent moment de lecture.

Bonne lecture

Delphine

 « ANNEAU DE MOËBIUS

 Le chemin sur lequel je cours                   

 Ne sera pas le même quand je ferai demi-tour

 J’ai beau le suivre tout droit

 Il me ramène à un autre endroit

 Je tourne en rond mais le ciel change

 Hier j’étais un enfant

 Je suis un homme maintenant

 Le monde est une drôle de chose

 Et la rose parmi les roses

 Ne ressemble pas à une autre rose.

 

Robert DESNOS

La géométrie de Daniel, 1939 »

 

« Juste une ombre » de Karine GIEBEL

41In0ELWTuL._SX210_

 

Encore une fois les lignes de Karine GIEBEL nous enveloppent telle une proie, elles fondent sur nous et nous enferment dans un tourbillon d’angoisse et de tension. On retient notre souffle, on s’accroche aux rebondissements, on aime certains personnages, on en déteste d’autres,  on espère, on cri, on pleure. On referme le livre hors d’haleine et on prend plusieurs minutes à s’en remettre.

Bon, vous l’aurez compris : j’ai adoré.

L’auteur nous montre encore une fois sa passion pour le noir et l’angoissant, et son talent pour nous captiver et nous faire frémir.

Dès le début de ce roman j’ai retenu mon souffle et il me semble ne l’avoir repris qu’une fois le livre refermé.  Et je ne vous parle pas des passages ou mon cœur s’est arrêté de battre.

Qu’arrive-t-il à Cloé ? Elle qui a tout pour réussir- la beauté, un job qui lui promet un brillant avenir, un petit ami plus que parfait – pourquoi tout s’écroule, pourquoi personne ne la croit ?

Elle n’a pas rêvé : cette ombre est bien là, partout où elle va, elle entre chez elle la nuit, remplie son frigo, change les objets de place… Malgré son lourd secret, elle n’a jamais été folle, les pieds toujours bien sur terre,  alors pourquoi sa meilleure amie remet ses inquiétudes en question, pourquoi son petit ami la pense folle ? Elle se croyait intouchable,  supérieure aux autres et pourtant ça ne suffira pas.

Elle finira par trouver de l’aide auprès d’un inspecteur qui se souviendra d’une histoire similaire, mais va-t-il réussir à la sauver, à attraper cette ombre… . ?

Un délice d’angoisse !

Merci  Madame GIEBEL pour ce moment de lecture.

Résumé de l’Editeur

« Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde.
Tu manipules ? Tu deviendras une proie.
Tu domines ? Tu deviendras une esclave.

Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place.
Et puis un jour…
Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi.
À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche.
Juste une ombre.
Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré.
On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres.
On t’observe jusque dans les moments les plus intimes.
Les flics te conseillent d’aller consulter un psychiatre. Tes amis s’écartent de toi.
Personne ne te comprend, personne ne peut t’aider. Tu es seule.
Et l’ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos.
Ou seulement dans ta tête ?
Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard…

Tu commandes ? Apprends l’obéissance.
Tu méprises? Apprends le respect.
Tu veux vivre? Meurs en silence…
»

Ça vous plonge direct dans l’ambiance, n’est-ce pas ? Et bien c’est encore pire que ça.

Bonne lecture

Delphine

 

« Flagrants Délires » Sam Médian (Olivier Damien)

41owafDUDXL._SX319_BO1,204,203,200_

Un hallucinant tourbillon de délires fantasques !

Vous voulez communiquer avec le héros d’une histoire tout au long d’un roman et donc en faire totalement partie ; vous voulez de l’humour, du sarcasme, des tonnes de jeux de mots, de la folie et que sais-je encore… ?

Alors sans hésitation « Flagrants Délires », qui porte très bien son titre,  est fait pour vous.

Deux enquêtes, un officier de police complètement déjanté,  et vous voilà partis pour quelques heures de lectures rocambolesques qui ne vous rappelleront en rien les styles de romans déjà lus.

J’ai vécu ce roman comme un huis-clos avec Emile Diamen, notre fameux policier. Il narre ces enquêtes tout du long, nous prenant à témoin de sa façon quelque peu marginale de mener à bien ses investigations.  Si le style peut surprendre lorsque l’on n’y est pas habitué on prend au final un malin plaisir à l’écouter (oui, oui j’ai bien dit l’écouter) et se marrer avec lui : je me suis même presque surprise à lui répondre.

Bon, pour être tout à fait honnête ce type est un grand malade (je parle du personnage, pas de l’auteur vous l’aurez compris hein !? Quoi que, il faut tout de même une part de folie pour écrire comme ça…!)

Ici les enquêtes sont finalement placées au second plan : si vous cherchez du suspens passez votre chemin, vous n’en trouverez pas. Par contre, une chose est certaine, vous allez vous marrer.

En bref Olivier Damien, alias Sam Médian, prend un malin plaisir à communiquer avec ses lecteurs à travers ce personnage « Fétiche » que l’on retrouve dans des rôles plus ou moins importants dans plusieurs de ses romans. Il relooke les  règles du polar et nous offre un humour décapant avec un style d’écriture en marge des romans actuels.

Ne pas vous le recommander serait pure stupidité.

Bonne lecture

Interview de Patrick Bauwen

1)      Que représente l’écriture pour vous ?

L’écriture, c’est un voyage. On ferme les yeux, on se concentre, le monde extérieur disparaît, l’univers intérieur s’ouvre, et le voyage commence.

Et si ma vie se déroulait différemment ? Et si j’empruntais une autre route, plutôt que celle-là ? Que se passerait-il si j’ouvrais cette valise découverte au grenier, ou si je descendais au fond de ce tunnel ? Connaît-on réellement sa femme ? Qui vit dans la maison d’en face ? Pourquoi ce jeune homme a-t-il disparu ?

Toutes ces questions, ces expériences humaines, ces mystères, appartiennent à d’autres vies. Pourtant il est possible de les vivre. Peu importe vos soucis, ou la réalité du monde qui vous entoure, on peut toujours se projeter ailleurs. Il suffit d’ouvrir un carnet, de prendre un stylo, et de se laisser aller. Pour moi, l’écriture est une expérience. Quelle aventure vous attend au tournant de la rue ? Moi, j’ai envie d’aller voir.

L’écriture, c’est la liberté.

 

 

2)      Quand écrivez-vous ? Avez-vous des habitudes, un rituel ?

L’idée de l’écriture est enthousiasmante et pleine d’énergie, c’est un voyage fascinant dans lequel j’ai toujours envie de me plonger. Mais le travail de l’écriture… reste un travail. Et personne n’aime travailler. Tout le problème est là.

Pour y arriver, je suis obligé de me mettre une certaine pression. La journée commence donc invariablement par 4 tasses de café et un coca (light, avec caféine), et je monte dans ma tour : c’est comme cela que j’appelle mon bureau. Il est situé à l’étage de ma maison, avec une jolie vue et une sorte de surplomb. Quand je m’y enferme, j’aime bien m’imaginer au sommet d’un donjon inaccessible, même si c’est une vue de l’esprit (non, je n’habite pas au bord du Grand Canyon du Colorado, vous trouveriez certainement mon bureau très banal).

Mon rythme de travail est : le matin, l’après-midi et le soir, cinq jours par semaine, sans horaire fixe, mais avec une obligation de produire. Pas question de me coucher si je n’ai pas progressé dans mon histoire. Mon téléphone demeure débranché durant ces heures, en mode avion. Le monde extérieur disparaît et mon esprit s’ouvre à toutes les idées possibles.

Autour de moi, il y a très peu de distractions dans mon champ visuel. Mon bureau est sobre, rien au mur, une table, un lit (je ne dors pas, je réfléchis, ok ?), une étagère avec quelques bouquins d’écrivains que je vénère (King, John Fante, Bukowski, Virginie Despentes, Djian, auteurs fétiches, j’aime à croire que j’y puise de l’énergie par leur seule proximité), beaucoup de manuels et de documents (rassemblés lors de mes recherches) et mon mac écran XXL avec 4 ou 5 fichiers  ouverts en permanence : « personnages », « lieux », « intrigue de base », « boite à outil » et « idées en vrac ».

Ah, et j’allume aussi la bibliothèque musicale de mon iPhone pour passer discrètement en fond sonore des morceaux qui m’inspirent. Il y a d’ailleurs toujours un morceau fondateur, dans mes romans, généralement cité en début de livre. Leonard Cohen pour Le Jour du Chien, la BO de la série Vikings pour Les Fantômes d’Eden, Keane pour Seul à Savoir, etc.

En revanche, pas de musique lorsque je suis en train d’écrire l’histoire. La phase d’écriture, c’est le black-out total. Je parle souvent tout seul, à voix haute, notamment lors des dialogues. Je vis le truc. Je dois avoir l’air légèrement cinglé. Ne songez même pas à m’approcher, sinon je mords.

 

3)      Que ressentez-vous avant la sortie d’un roman ? Et après, une fois que votre travail d’écriture est terminé et qu’il se retrouve dans toutes les librairies.

Tous les écrivains connaissent cette période difficile qui suit la fin d’un livre, et en général on ne l’aime pas beaucoup. Pourquoi ? C’est très simple : le roman, c’est l’immersion, le contrôle total, l’autisme absolu dans le petit univers dont vous êtes le démiurge. Rien ne peut vous atteindre. Parfois, vous êtes tellement à l’aise que vous n’avez plus envie d’en sortir. Vous écrivez, vous écrivez, les pages s’empilent, et votre éditeur vous appelle pour vous dire : « Hé, Coco, il est temps que ça se termine, là, il faut que tu me le rendes, ton roman ! » Donc Coco termine. Et tout d’un coup … tout vous échappe. Vous n’êtes plus maître de rien. Vous allez être jugé. Corrigé (demandez aux écrivains ce qu’ils pensent de la phase incontournable de correction des épreuves). Jeté en pâture, et apprécié, ou pas.

Horrible, hein ?

Ouais, horrible, horrible.

Certains tentent de se défiler. Ils évitent cette phase en partant en vacances, pile au moment de la sortie (panique chez l’éditeur). D’autres se lancent dans la modification radicale de leur jardin, la reconstruction de leur maison, ils achètent un chien ou deux, bref, tout est bon pour être débordé par d’autres problèmes (ces exemples sont authentiques, ils ont été vécus par des auteurs, n’insistez pas, vous n’aurez pas les noms). La meilleure option serait de se concentrer sur son roman suivant. Mais plus facile à dire qu’à faire…

Heureusement, je suis un être parfaitement équilibré qui vit des émotions simples et maîtrisées. C’est à dire que j’alterne les phases d’exaltation totale avec celles de désespoir absolu, entrecoupées de périodes d’hébétude, le tout ponctué de pianotages frénétiques sur internet et d’engloutissement de pâtisseries. J’appelle cela la Vague. J’en fais l’ascension, je surfe au sommet, je redescends. La pente et les remous sont variables d’un livre à l’autre, mais avec les années, je surfe de mieux en mieux. Et je mange de moins en moins de pâtisseries.

Maitrisé, vous dis-je.

Vous ne me croyez pas ? Pourtant regardez : ne suis-je pas svelte ?

 

4)      Depuis votre premier roman, sentez-vous une évolution ? Votre façon d’écrire a-t-elle changé ?

Ah, j’aimerais tellement croire que je deviens meilleur avec le temps, comme les bons vins ! Mais ce n’est qu’une illusion. La différence, à mon avis, n’est perceptible que de mon côté des pages. J’écris plus vite, et en me posant moins de questions, car il y a un « savoir faire » qui vient avec les années comme dans n’importe quel métier. J’identifie plus facilement les pistes où il ne faut pas s’engager et les fausses bonnes idées. Cependant vous ne voyez probablement pas la différence. En revanche, je me lâche plus facilement, je communique mieux sur la vie intérieure des personnages et leur évolution. C’est un effet secondaire de mon vieillissement. En ce qui concerne les rapports parents / enfants, frères / sœur, homme / femme, etc., on a plus de choses à raconter au fur et à mesure que l’on avance dans la vie, bien sûr. Alors disons que je ne m’améliore pas avec le temps, mais mes personnages, eux, s’améliorent.

 

5)      Sur votre site Internet il y a une partie réservée à votre biographie.  Durant la période du Lycée vous écrivez « Il faut que je me trouve. Il faut que je me construise une personnalité originale. Il faut  que je sois unique, spécial, n’importe quoi, mais différent » j’ai beaucoup aimé ce passage et me suis demandée : pourquoi ce besoin d’être si différent ?

Parce que nous sommes issus de la culture des Gaulois : des barbares hirsutes, qui bondissent dans la bataille une hache à la main, boivent de la bière au tonneau et mordent dans la vie à pleines dents ! Quel est l’intérêt d’être un légionnaire romain sagement au garde-à-vous au milieu du troupeau, hein ? On veut se sentir différent, foncer dans le tas, attraper nos rêves par le col, ou bien mourir au combat ! Qui c’est le héros, Astérix ou Brutus ? Alors, voilà le plan : c’est Astérix ou rien. Ragnar Lothbrok ou rien. Jack Kerouac ou rien. Stephen King ou rien. Peu importe ce qui arrivera, en tout cas, j’aurais essayé, la hache, heu, la plume à la main !

 

6)      Durant ces même années vous gagnez le premier prix d’un concours de nouvelles mais vous ne le dite à la personne et n’osez même pas aller chercher votre prix de peur d’être moqué par vos amis. En quoi cette passion de l’écriture était une « honte » pour vous à cette époque ?

Lorsque j’avais 18 ans, les icônes du moment étaient Tom Cruise, Sylvester Stallone, Mickey Rourke et Arnold Schwarzenegger. Le gars sombre et longiligne qui écrit dans son grenier en lisant du Djian ou du Lovecraft ne faisait pas partie de la liste. Donc, disons qu’afficher la passion de l’écriture n’était pas le meilleur moyen de tomber les filles, hahaha.

 

7)      Toujours sur cette même Biographie vous parlez du décès, un peu inattendu, dans vos bras, de l’un de vos premiers patients. Est-ce pour contrecarrer l’horreur dont vous êtes témoin tous les jours dans votre métier  et pour la banaliser que vous écrivez des Thrillers avec des morts violentes ?

Oui, cette mort en particulier a joué un rôle très important dans ma vie. Je me rends compte qu’elle est présente dans chacun de mes livres, sous une version ou sous une autre. Donc il est probable que je n’en aurais jamais terminé avec ça. C’est l’une de mes pierres fondatrices, comme on dit. Elle voyage avec moi, elle n’est jamais bien loin. Elle donne un petit côté triste aux choses, parfois, et pourtant je l’apprivoise avec le temps, comme une vieille amie. Cette mort-là est ma première visite de la Mort, tout court. Avant, elle n’était qu’une idée. J’avais connu la mort de certains proches, mais pas cette sensation… d’injustice, de violence, d’aléatoire, d’imprévisible, de basculement. Les morts que je décris dans mes thrillers sont souvent violentes, mais elles rappellent qu’il faut chérir le temps présent, créer des petits bonheurs, apprécier les choses simples, car ce temps ne dure pas toujours. Ma phrase la plus emblématique à ce sujet est « Ce n’est pas le temps qui reste, qui compte, mais ce que l’on en fait ». S’il n’y en avait qu’une à retenir de mes bouquins, ce serait celle-là.

 

8) Sur le côté un peu plus personnel : Pourquoi choisir les urgences alors que le désire pour la médecine est venu de l’intérêt que vous portiez « aux choses un peu frontière : phénomènes psychiques, biologie, cerveau » ? Pourquoi pas une spécialisation en neurochirurgie ?

Vous ne croyez pas si bien dire… En fait, j’avais décidé au départ d’être neurologue ou neurochirurgien, justement pour étudier le cerveau et les phénomènes frontière. Dans ma promo, j’étais « le gars qui a fait médecine pour devenir neuro ». Je suis le premier a avoir disséqué un cerveau en cours d’anatomie (gros succès personnel à cette époque, hihi). Mais avec le temps, mon état d’esprit a changé. Je me suis concentré sur le présent et le rythme trépidant, quasi « barbare » des urgences, plutôt que de m’intéresser à ce qui pourrait advenir après la mort. Les phénomènes paranormaux, la vie après la mort, sont des sujets qui m’intéressent moins. Au fond, quelle importance ? Nous sommes coincés ici et maintenant, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Nous avons la chance d’exister un bref instant, autant essayer de donner un sens à cette aventure. Comme le dit la chanson de Matmatah : « N’attendons pas plus tard qu’aujourd’hui pour rafler la mise, et si enfin tout n’est pas noir, ce ne sera que la cerise ».

 

9)      Votre dernier roman « Le jour du Chien » se passe dans les « sous-sols » de Paris. Avez-vous eu l’occasion de les visiter pour vous aider à mieux imaginer le décor ?

Oui, et j’ai adoré ça. Je me suis promené dans tous les lieux que je décris, légalement… ou illégalement. Les balades dans les carrières faisaient – et font toujours – partie des rituels d’initiation des carabins. Et aujourd’hui, les groupes d’exploration urbaine sont devenus très à la mode. Avec quelques bons contacts, on peut se balader n’importe où. J’ai aussi la chance d’avoir quelques amis dans la Maréchaussée qui m’ouvrent des portes interdites. Mais au delà de ça, disons tout simplement que l’exploration des zones interdites fait partie du plaisir de l’écrivain. Emmener le lecteur ailleurs, et y aller soi-même, c’est exaltant !

 

10)    Comment vous est venue cette idée de dérouler l’intrigue dans ce décor ?

J’y pensais depuis longtemps. L’idée d’une aventure qui se déroulerait dans le métro parisien me plaisait beaucoup. Cependant, j’avais besoin d’un angle d’attaque, d’un ou deux personnages pour me procurer le grand frisson. Et un soir, le Chien est apparu. Presque aussitôt, Chris Kovak s’est dressé face à lui. Et j’ai su que ces deux-là allaient danser ensemble…

 

11)    Je pense que la fin de ce dernier roman laisse supposer une suite… Est-elle prévue ?

Il faudrait poser la question au Chien. A-t-il envie d’une autre danse ? Il est là, il nous écoute, il soupire, parfois il grogne et trépigne…

J’ai l’impression qu’il a envie d’aller faire un tour, quelque-part dans les ténèbres, juste sous nos pieds.

Et il s’y trouve peut-être déjà, qui sait ?

Extrait de la Biographie de Patrick Bauwen, un passage que j’aime beaucoup :

 « Mon premier bouquin se termine après un an de furie. Je sais que personne ne m’attend. Qu’il ne faut pas rêver. Qu’il y a un million de raisons pour que ça ne marche pas. Tant pis, je m’accroche à l’essentiel : quel que soit le domaine, c’est 5% de talent, 95% de boulot. Alors je me dis que j’y crois. Je me dis qu’une lectrice à qui je l’ai confié l’a bien aimé. Je me dis que si le prochain feu passe au vert dans dix secondes, c’est sûr, un éditeur en ce bas monde finira par s’intéresser à mon bouquin. D’ailleurs Eminem scande « If you had one shot, one opportunity to seize everything you ever wanted… » dans le haut-parleur de ma voiture.

 Mais tout ça c’est des craques, parce qu’en vérité je suis mort de trouille.

 Alors je place mon manuscrit dans une enveloppe et je l’expédie vers l’inconnu, le cœur battant. Puis je me plonge dans le seul exutoire possible : je démarre un nouveau livre.

 Les semaines défilent. J’ai un vieux T-shirt sur le dos. Un bleu, avec Bob l’Eponge imprimé dessus. C’est stupide. Je l’ai acheté dans un trou perdu, une ville poussiéreuse de l’Ouest américain. C’est une sorte de trophée. Une promesse d’avenir.

 Le rêve d’être publié un jour.

 Le rêve de vous voir parcourir mes pages, une balade à deux, vous et moi, faire un bout de chemin ensemble.

 Je cligne des paupières. Termine ma tasse de café.

 Mes yeux s’ouvrent.

 Et puis soudain vous êtes là. »

 

Personnellement, j’ai Adoré la balade, merci !